Le tag est posé. v1.0.0. Huit semaines après la v0.2, lithair — le framework web Rust que je construis — a sa version stable.

Et pourtant.

Je devrais fêter, et je regarde l’écran en me disant qu’il reste des choses. Que ce n’est pas tout à fait fini. Alors que c’est testé de bout en bout, soaké en production sous trafic réel, et que ça a survécu à son propre upgrade sans perdre une donnée. Objectivement : solide. Subjectivement : je n’y crois pas encore tout à fait.

J’ai mis un moment à comprendre pourquoi. Et ça vaut le coup de l’écrire honnêtement, parce que ce n’est pas une histoire de code.

Ce que la méfiance note vraiment

Elle ne note pas lithair. Les chiffres sont là : l’enveloppe du cluster mesurée, le backup prouvé en restaurant pour de vrai, les huit verrous de la roadmap fermés un à un. Ma méfiance note autre chose — la sensation de poser, sous mon nom, un truc auquel je tiens.

Il y a la petite voix : « de toute façon, c’est l’IA qui l’a codé. » Et c’est vrai qu’une IA a généré beaucoup de lignes. Mais un framework, ce ne sont pas ses lignes — ce sont ses décisions. Choisir de publier l’enveloppe du cluster au lieu de prétendre que ça scale à l’infini. Rendre l’admin sécurisé par défaut. Nommer les limites plutôt que les enterrer. Décider, après deux ans, quoi construire et surtout quoi refuser. L’IA a tapé. L’idée, les choix, le standard — c’est moi. La frappe n’est pas la paternité.

Et il y a la question de savoir si ce sera vu. Mais il faut la nommer juste, parce que c’est là que je pourrais me trahir : je n’ai pas fait ça pour percer. Je l’ai fait pour moi — pour poser ma vision et la voir tenir. Que des gens y adhèrent, ça me ferait plaisir ; ça n’a jamais été le but, et je ne l’attends pas. Percer, de toute façon, c’est une loterie — timing, chance, réseau. Y accrocher la valeur de deux ans de travail, ce serait confier ma paix à un tirage que je ne contrôle pas, alors que la vraie récompense est déjà là : la vision existe.

Ce qui est vraiment là

Alors je retire la sensation, et je regarde la chose.

Il y a deux ans, lithair était une idée. Une seule, assez têtue : et si un seul binaire pouvait servir le site, faire tourner le cluster, et être la base de données ? Pas trois services, pas six couches, pas une infra à opérer. Un binaire compilé, l’état en mémoire quand il tient, l’historique en event store, la sécurité près du runtime.

Aujourd’hui, cette idée compile. Elle tourne. Elle est testée. Et elle tient ce site — celui que vous lisez — toute seule : arcker.org, lithair.net, cidx.run. Trois sites, un binaire, admin sécurisé, rechargement à chaud. Le tout-en-un n’est plus une phrase sur une slide : c’est un processus, avec un PID, qui rejoue son log au démarrage et sert des pages.

Website, cluster, base de données — dans le même exécutable. L’idée de départ, entière. Ça, ce n’est pas rien. C’est même tout le truc.

Honnête sur ce qui reste

Une 1.0 n’est pas une ligne d’arrivée. C’est « le sol est assez solide pour qu’on construise dessus ». Il reste des optimisations — le débit de calcul, le vrai zéro-downtime sur un changement de binaire (aujourd’hui c’est un redémarrage bref et gracieux, que j’ai écrit dans les docs au lieu de prétendre le contraire). Il reste du « reste ».

Mais la base de départ est la bonne. Le contrat d’API est stable, le format sur disque n’a pas bougé depuis la 0.13, et ce qui est là est mesuré et documenté — limites comprises. C’est ce que je voulais dire par « production-ready » depuis le début : pas « ça fait tout », mais « l’enveloppe est mesurée et écrite ». La plaque de charge est bouchonnée sur la cabine.

Ce que personne ne peut m’enlever

L’IA code au début. Ensuite, le reste : les standards, le jugement, l’écosystème monté tout autour, les deux ans. lithair n’en est qu’une vitrine, à côté de cidx, de verbose, du reste. Et l’idée d’il y a deux ans — celle d’un tout-en-un qui tient — elle est là. Bien là.

Je n’y crois peut-être pas encore tout à fait. Mais elle, elle existe maintenant. Et ça, personne ne peut me l’enlever.